Etude du cas de l’Ethiopie pour le renforcement des capacités

L’équipe-pays PNIN d’Éthiopie adopte une double approche pour renforcer les capacités en répondant aux besoins immédiats de la PNIN en capacités spécifiques tout en élaborant une stratégie de renforcement des capacités systématique et à long terme qui soutienne l’agenda global de suivi, d’évaluation et de recherche du Programme national de nutrition.

Évaluation des besoins en capacités de la PNIN

Pour développer la capacité à long terme de l’Éthiopie à gérer et maintenir une PNIN, il est important d’identifier les capacités existantes ainsi que toutes les capacités supplémentaires nécessaires pour maintenir l’approche PNIN dans le pays. Une évaluation des besoins en capacités a été lancée en 2018 afin d’explorer les lacunes en capacités liées à l’élaboration de politiques fondées sur des données factuelles et à l’agenda de suivi, d’évaluation et de recherche du Programme national de nutrition (PNN).
Ce processus a été lancé au moyen d’un atelier, animé par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), qui a réuni 36 experts de la surveillance et de la recherche en matière de nutrition issus de différents secteurs et institutions en octobre 2018. La plupart des participants à l’atelier jouent un rôle dans le Comité directeur national de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition, qui a également un rôle consultatif pour la PNIN. Les objectifs de l’atelier étaient :

  • de définir un cadre pour l’évaluation des besoins en capacités et la stratégie subséquente visant à renforcer l’agenda national de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition, ainsi que les besoins spécifiques liés à la PNIN ;
  • de s’accorder sur l’architecture actuelle des processus politiques, de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition, c’est-à-dire évaluer la capacité de cet aspect du système de nutrition en Éthiopie et la manière dont la PNIN pourrait le renforcer.

Les participants à l’atelier ont mis au point un cadre comprenant la « capacité de demande » de données factuelles par les décideurs politiques ainsi que la « capacité d’offre » de données existantes, à trois niveaux connexes (individuel, organisationnel et systémique). À la suite de cet atelier, un document d’orientation a été élaboré, qui guide les étapes ultérieures de ce processus multisectoriel.
L’étape suivante consiste en l’évaluation réelle des capacités existantes et des besoins en capacités, qui a été lancée au cours du premier trimestre 2019 au moyen d’un processus participatif multisectoriel et multi-acteurs élaboré. Elle comprenait des questionnaires, des entretiens et des consultations de suivi avec les principales parties prenantes issues de différents ministères, d’institutions nationales et d’universités responsables de la collecte et du suivi de données pour la nutrition, ainsi que de l’évaluation et de la recherche en matière de nutrition. Des informations ont été demandées à plus de 20 institutions nationales, en plus d’entretiens clés avec des utilisateurs multisectoriels de ces données, incluant des décideurs en matière de programmes et de politiques.

Stratégie de développement des capacités de la PNIN

Les conclusions de l’évaluation des besoins en capacités seront utilisées pour élaborer une stratégie de renforcement des capacités, qui sera finalisée au cours du deuxième trimestre 2019. Entre-temps, des actions sont déjà en cours pour répondre aux besoins en capacités immédiats au sein de la PNIN.

Développement des capacités à court terme

Un certain nombre d’activités ont été entreprises au cours de la première année de mise en œuvre de la PNIN pour répondre aux besoins immédiats en capacités aux niveaux individuel, organisationnel et systémique. Ces besoins ont été identifiés par le biais des expériences avec le projet de démonstration « Apprentissage par la pratique » (voir plus loin), d’évaluations rapides des besoins en capacités par les parties prenantes directes de la PNIN et ont été lancées avant l’atelier d’évaluation des capacités de la PNIN.

Niveau individuel

Différentes approches ont été utilisées, incluant des formations courtes, l’apprentissage par la pratique et l’apprentissage entre pairs. Les détails des activités de développement des capacités individuelles entreprises par l’Éthiopie en 2018 et 2019 sont résumés dans le tableau ci-dessous.

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Niveau organisationnel

Au sein de l’EPHI, une petite équipe dédiée a été affectée à la PNIN, qui collabore avec d’autres chercheurs en nutrition de la Direction des sciences de l’alimentation et de la nutrition et d’autres directions concernées d’EPHI. Ses capacités ont été renforcées en matière de gestion de projet, générant une vision partagée de l’approche PNIN, des capacités d’analyse et de communication et finalement générant une meilleure compréhension des différents éléments d’un référentiel de données.

Niveau systémique
  • Séminaires recherche-politique
    L’EPHI a commencé à organiser régulièrement des séminaires PNIN « recherche & politique » sur la nutrition. Ces séminaires réunissent des chercheurs, des responsables de la mise en œuvre des programmes et des décideurs politiques pour discuter et diffuser les résultats de recherche existants en matière de politique. Les participants proviennent d’instituts de recherche, d’universités, d’organisations non gouvernementales et de partenaires de développement.
  • Implication multisectorielle
    Des membres sélectionnés du personnel des principaux ministères impliqués dans le Programme national de nutrition (PNN) et des institutions de recherche essentielles pour la PNIN ont pu accéder aux opportunités de formation offertes dans le cadre de la PNIN, renforçant ainsi la capacité à long terme du système de nutrition éthiopien dans son ensemble et forgeant des partenariats. Les membres du Comité directeur de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition, ainsi que du Comité technique sur les recommandations nutritionnelles basées sur les aliments et diverses universités ont participé activement à la formation analytique.

Développement des capacités à long terme

Parallèlement à la réponse aux besoins à court terme, la PNIN vise à répondre aux besoins en capacités à long terme afin de gérer et de maintenir une PNIN. Outre les séminaires « recherche & politique » et les engagements multisectoriels, ils comprennent également :

Formation doctorale (PhD)

Les capacités à long terme sont renforcées par la participation de doctorants d’universités locales dans les formations officielles de la PNIN. En outre, l’EPHI dispose d’un budget de renforcement des capacités pour que le personnel lié à l’unité d’analyse de la PNIN ou au comité consultatif de la PNIN suive une formation (en ligne ou formelle) en Éthiopie ou à l’étranger, qui conduira à un certificat, un diplôme ou un master dans une université étrangère. L’EPHI peut également engager des instituts de formation locaux et sous-traiter des universités locales. Il existe aussi un petit programme de subventions visant à encourager et à aider environ six membres du personnel impliqués dans la PNIN à poursuivre un doctorat afin de maintenir les capacités au-delà de la période du projet. Deux chercheurs ont été identifiés et ont commencé leur doctorat à l’Université d’Addis-Abeba en septembre 2018.

Mentorat

Le conseiller technique et politique et le responsable national de la recherche à l’IFPRI sont chargés de soutenir la PNIN à temps plein et fournissent un soutien continu et une formation pratique au personnel et aux organisations impliqués dans la PNIN. De plus, l’IFPRI fournit un support technique basé sur les besoins, qui couvre un large éventail de compétences de la PNIN, notamment les compétences en rédaction, en communication et en analyse. En 2019, un mentor en rédaction de rapports a été chargé de fournir un soutien temporaire à l’équipe. En 2019, l’IFPRI a également chargé un chercheur de guider un processus analytique spécifique pour l’analyse approfondie des données existantes.

Notes d’orientation

Un ensemble de notes d’orientation sur les différents aspects de l’approche PNIN ont été préparées par l’unité d’appui de la PNIN. Ces directives visent à faciliter une approche cohérente pour la mise en œuvre du cycle opérationnel de la PNIN. Des membres de l’équipe PNIN d’EPHI ainsi que d’autres institutions partenaires clés du Comité directeur national de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition ont participé à des webinaires ainsi qu’à un atelier dans le pays sur le contenu des notes d’orientation. L’équipe PNIN en Éthiopie adaptera les directives au contexte local. L’unité d’appui de la PNIN basé en Europe fournit également un support technique direct aux équipes-pays PNIN.

Défis et opportunités

En s’engageant dans l’élaboration de la stratégie de développement des capacités, le cas de l’Éthiopie montre l’importance de se concentrer sur la plus importante structure de gouvernance de la nutrition, sur les politiques et les programmes nationaux afin d’éviter les chevauchements et d’assurer un système durable qui soutienne les objectifs à long terme de la PNIN :

  1. Importance de prévoir suffisamment de temps pour un processus participatif. L’évaluation des besoins en capacités doit impliquer toutes les personnes qui seront à terme impliquées dans la PNIN.
  2. Évaluer les expériences antérieures et l’existence d’une évaluation des besoins en capacités potentiellement réalisée par les institutions des partenaires ou les secteurs. Souvent, les secteurs ou les partenaires ont déjà effectué leur propre évaluation. Il est donc utile d’éviter les duplications et de se concentrer sur les éléments de l’évaluation des besoins en capacités encore « non couverts » ou « non abordés ».
  3. En développant les outils d’évaluation pour l’évaluation des besoins en capacités, être conscient de l’objectif et de la manière de formuler la demande sur les besoins en capacités. La conception du questionnaire est un élément important de l’évaluation des besoins en capacités, car elle influe sur le résultat final et sur son champ d’application. Ainsi, le questionnaire et les outils d’évaluation doivent être conçus afin d’explorer et de capturer les capacités à développer en priorité, ce qui permettra de débloquer les goulots d’étranglement potentiels et d’apporter des solutions aux secteurs et partenaires clés impliqués dans l’agenda national de suivi, d’évaluation et de recherche en matière de nutrition.
  4. Être attentif au choix des personnes interrogées pour l’évaluation des besoins en capacités et s’assurer d’impliquer celles qui sont liées au Programme national de nutrition. Lorsque la PNIN soutient une politique nationale ou un programme national, il est important de lier cette évaluation des capacités et cette stratégie aux acteurs impliqués dans le suivi, l’évaluation, la recherche ou la politique de ce programme national.