Formuler des questions pertinentes du point de vue des politiques

  • ÉTAPE 2 : Formuler des questions de politique pertinentes

    Objectifs :

    • de faire participer les secteurs concernés à la formulation de questions de politique ;
    • de forger une vision partagée des questions auxquelles on peut répondre dans le cadre de la plateforme ;
    • de développer les capacités des interlocuteurs au sein des ministères sectoriels en matière de « formulation de questions », conformément à la contribution et au rôle que jouent les secteurs dans le PAMN (chemins de l’impact) ;
    • de parvenir à un consensus sur un ensemble de questions de politique pertinentes.
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    Activités :

    • Activité A : Organiser et animer un atelier consultatif.
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    Produits :

    • Un document contenant une liste priorisée de questions de politique pertinentes.
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  • Activité A : Préparation d’un atelier consultatif

    L’activité principale de l’étape 2 consiste à organiser un atelier consultatif avec les interlocuteurs au sein des ministères sectoriels et les parties prenantes non gouvernementales, dont les objectifs sont les suivants :

    • formuler et hiérarchiser un ensemble de questions de politique à partir des questions identifiées à l’étape 1 ;
    • développer les capacités des interlocuteurs au sein des ministères sectoriels et des parties prenantes non gouvernementales en matière de formulation des questions de politique (c’est particulièrement important au cours du premier cycle de formulation des questions) ;
    • renforcer le dialogue et créer des attentes partagées parmi les acteurs clés de la nutrition.

    Un certain nombre de points importants à considérer lors de l’établissement de l’ordre du jour et de l’invitation des participants à cet atelier sont discutés ici :

    • Qui animera l’atelier et qui y participera ?
    • Définir l’ordre du jour de l’atelier incluant :
      1. un cadrage pertinent de l’atelier ;
      2. la génération d’une vision partagée ;
      3. quelles questions et analyses de données se prêtent le mieux à l’approche PNIN ?
      4. des exemples pertinents et concrets issus de différents pays ;
      5. l’adoption de la méthode du chemin de l’impact pour formuler des questions pertinentes ;
      6. l’illustration de cette méthode par des exemples ;
      7. les caractéristiques d’une question de politique bien formulée.
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  • Activité A : Ressources, produits et facilitation de l’atelier

    Ressources pour l’atelier

    La matrice partie I des opportunités pour influencer les politiques (produit de l’étape 1, section 2.2) sera utilisée comme ressource principale pour l’atelier. Le tableau de bord infranational sur la nutrition de la PNIN (section 3.2) pourra également servir de point d’entrée pour la discussion et la formulation de questions de politique pertinentes.

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    Produits de l’atelier

    Une liste prioritaire de questions de politique pertinentes et bien formulées.
    Sur la base des besoins, des priorités et du calendrier des décideurs identifiés lors de l’étape 1, il est important, une fois la formulation des questions effectuée, de se mettre d’accord sur le dernier jeu de questions. L’équipe PNIN finalisera ensuite ces questions en examinant s’il est techniquement possible de leur apporter des réponses (étape 3, section 2.4).

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    Facilitation & participation

    Il est fortement recommandé qu’une personne soit identifiée pour assumer le rôle de facilitateur lors de la préparation de l’atelier et pendant l’atelier. Cela peut typiquement être le conseiller en politiques de l’équipe de la PNIN.
    Avant d’entreprendre l’atelier, l’équipe de la PNIN doit avoir décidé soit de s’engager avec un sous-ensemble de secteurs prioritaires, soit d’inviter tous les secteurs concernés par la nutrition à cet atelier consultatif et de les impliquer dans le cycle opérationnel complet de la PNIN (section 2.2 : Étape 1 – Champ d’application du processus de formulation des questions).
    Pour chaque secteur, plusieurs personnes clés pourraient être invitées à cet atelier et apporter collectivement une expertise pertinente autour de la table concernant :

    • les politiques et les plans du secteur (par exemple le responsable politique FIRST au ministère de l’Agriculture) ;
    • la disponibilité et l’accessibilité des données de routine de suivi et d’évaluation, ainsi que les données d’enquêtes ;
    • la nutrition : typiquement le point focal nutrition, s’il existe.

    Les partenaires non gouvernementaux, notamment les agences des Nations unies, REACH, et les membres des réseaux SUN (ONU, société civile, donateurs) pourraient également être invités en tant que ressources importantes pour soutenir la préparation et la participation à l’atelier.

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  • Activité A : Préparer le programme de l’atelier (1/7)

    1. Cadrage pertinent dans le contexte des pays

    L’objectif général est de renforcer ou de développer le dialogue sur les politiques en matière de nutrition axé sur les données. Cet atelier est une première étape pour engager les parties prenantes dans ce processus.
    L’atelier et l’approche PNIN doivent être conçus de manière à être cohérents avec les politiques et les plans multisectoriels en matière de nutrition plus larges au niveau des pays.
    Il est important de souligner que la PNIN ne remplace pas les systèmes existants de suivi et d’évaluation qui suivent l’avancement du PAMN, mais que sa valeur ajoutée est d’analyser les données d’un tel système de suivi et d’évaluation afin de répondre à des questions de politique spécifiques.

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    2. Se forger une vision partagée

    Avant de s’engager dans le processus de formulation des questions, il est essentiel que tous les acteurs clés aient une vision partagée de l’objectif et de l’approche de la PNIN. Même lorsque plusieurs activités de plaidoyer ou de sensibilisation ont eu lieu avant l’atelier, il est important de commencer l’atelier par une présentation générique de la PNIN (section 1.1, sensbilisation et plaidoyer) afin de générer une vision partagée par tous les participants.
    Le champ d’application et la valeur ajoutée de la PNIN peuvent être brièvement mentionnés dans cette présentation afin de gérer les attentes des participants concernant le type de questions auxquelles la PNIN peut apporter des éléments de réponse, mais cela devrait faire l’objet d’une session spécifique et distincte à l’ordre du jour de l’atelier consultatif. Cette session peut être facilitée par la note technique sur l’analyse des données.

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  • Activité A : Préparer le programme de l’atelier (2/7)

    3. Quelles questions et analyses de données se prêtent le mieux à l’approche PNIN ?

    Parce que l’un des principes clés de la PNIN repose sur l’utilisation et l’analyse des données existantes, certains types de questions, et donc d’analyses, offrent une réelle valeur ajoutée pour le dialogue politique national et sont donc vivement recommandées.

    Dans un contexte de redevabilité accrue des politiques multisectorielles pour la nutrition, visant à atteindre les objectifs nationaux et mondiaux, l’analyse des données existantes aidera à mieux cerner les progrès accomplis dans la réalisation de ces objectifs. Les progrès peuvent être examinés aux différents niveaux du chemin de l’impact, depuis les ressources investies (financières et humaines), en passant par les activités (interventions) et les produits (couverture des interventions) jusqu’aux résultats (déterminants de la nutrition) et à l’impact sur la nutrition (voir page 7). Des exemples de questions appropriées sont énumérés dans le tableau ci-dessous.

    Les données existantes, cependant, sont souvent inadaptées pour répondre aux questions relatives à l’analyse de causalité, d’impact ou de coût-efficacité. Pour répondre à ce type de questions, il est nécessaire de collecter des données à dessein, en ayant recours à un protocole et à des méthodes de collecte de données scientifiques, afin de garantir une analyse pertinente donnant des résultats fiables qui puissent être correctement interprétés.
    Ces questions, bien que légitimes de la part des décideurs, ne pourront pas être traitées par la PNIN.
    De même, des analyses complexes ne débouchant pas sur des recommandations concrètes pour les décideurs présentent peu d’intérêt pour nourrir le dialogue politique et ne devraient pas être conduites par la PNIN.

    Le choix des méthodes d’analyse des données repose sur la disponibilité et la qualité des données ainsi que sur la capacité de l’équipe PNIN à les traiter.

    Ces considérations sont présentées plus en détail dans la note d’orientation sur l’analyse des données (partie 3.4) et de manière succincte dans la note technique sur l’analyse des données.

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    Types de questions par rapport à l’approche PNIN
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  • Activité A : Préparation d’un atelier consultatif (5/7)

    6. Illustration de l’utilisation des modèles d’impact en appui à la formulation des questions

    Conseils

    • Décortiquer ce qui se passe au niveau des moyens et des activités en complétant chaque niveau du chemin de l’impact sur la base des informations issues du PAMN.
    • Examiner toutes les indications disponibles pour éclairer sur le degré de mise en œuvre du PAMN.
    • Déterminer si des changements ont eu lieu au cours de la période de mise en œuvre du PAMN ou par rapport à la période précédente, en termes de disponibilité et de qualité de la mise en œuvre, ou de portée de l’intervention (toute la population) et de la couverture (population cible) (étape 1, section 2.2).
    • Prendre en compte les différences dans la couverture des interventions et les indicateurs nutritionnels des groupes de population (par ex. par quintile de revenu, rural/urbain) et des zones géographiques.
      Se conférer aux exemples 1 à 3 ci-dessous.
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    Exemples
  • Activité A : Préparation d’un atelier consultatif (6/7)

    7. Caractéristiques d’une question de politique bien formulée

    Rappeler aux participants à l’atelier qu’une question bien formulée présente les caractéristiques suivantes :

    1. elle répond à un besoin politique ou à une demande des décideurs pertinents ;
    2. l’analyse des données quantitatives existantes et des capacités disponibles peut lui apporter une réponse ;
    3. elle fournit une réponse utile pour les politiques ou la prise de décision ;
    4. elle conduit à des recommandations et des décisions opérationnelles.
      (voir les exemples en bas de la page).

    En plus, les éléments présentés dans la figure ci-dessous sont importants à prendre en considération dans la formulation de la question. Cela permet de spécifier la question en termes de bénéficiaires, indicateurs, temporalité, etc., de façon à guider les données et l’analyse.

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    La question doit être spécifique dans sa formulation
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    En effet la formulation de la question doit permettre d’y répondre par l’analyse de données quantitatives. Par exemple, des questions du type "que pouvons apprendre de..." ne sont pas suffisamment spécifiques.
    D’autres questions du type "pourquoi..." ou "quelles sont les causes de..." nécessitent généralement d’être décomposées en sous-questions plus spécifiques (voir la page 5 de la partie 3.4 sur l’analyse des données ainsi que la Note technique sur l’analyse des données).

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    Exemples de reformulations
  • Activité A : Préparer le programme de l’atelier (7/7)

    8. Préparer des exemples pertinents pour le pays pour travailler sur la formulation des questions

    Grâce à des exemples concrets, les participants à l’atelier vont s’exercer à la manière dont les modèles d’impact peuvent aider à la formulation des questions. Il est donc important que le facilitateur prépare et utilise des exemples pertinents et clairs avant l’atelier.

    Les questions proposées comme étant prioritaires à l’étape 1 peuvent constituer un bon point de départ pour développer les exemples pour l’atelier. Dans tous les cas, il est important :

    • de s’assurer que les exemples sont disponibles et préparés pour que les participants puissent s’exercer ;
    • de présenter et expliquer au moins un exemple, concernant ou non leur propre secteur, à tous les participants ;
    • d’inclure des questions sectorielles, afin d’aider les spécialistes du secteur à comprendre l’importance de la formulation de questions de politique pertinentes, qui est identifiée comme un enjeu en matière de nutrition dans le PAMN.

    Les quatre étapes décrites dans cette note d’orientation pour formuler des questions de politique pertinentes peuvent être appliquées à n’importe quel niveau administratif.

    Si le cycle opérationnel de la PNIN est mis en œuvre au niveau décentralisé, il est important que toutes les étapes décrites dans cette note soient mises en œuvre à ce niveau également.

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    Exemples de besoins stratégiques prioritaires et questions pertinentes du point de vue des politiques au niveau national et infra-national
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  • Activité A : Préparationd’un atelier consultatif (3/7)

    4. Préparation d’exemples de pays pertinents et concrets pour susciter la formulation de questions

    La composante ’données’ de la PNIN devra consulter la liste initiale des questions avant la tenue de l’atelier, afin de déterminer quelles sont les questions qui sont correctement formulées et sont susceptibles de déboucher sur des recommandations opérationnelles.

    Il est important d’illustrer l’approche théorique par des exemples concrets. Les questions initiales peuvent être prises en exemple pour aboutir à la formulation recherchée (voir résultat de l’étape 1, partie 2.2). La note d’orientation sur l’analyse des données (partie 3.4) fournit également un certain nombre d’exemples.

    En particulier, lors du premier cycle « questions-analyse-résultats » de la PNIN, il a été difficile pour les participants de comprendre quelles sont les questions de politique pertinentes possibles et comment formuler une bonne question. Pour lancer le processus, il est recommandé d’être aussi concret que possible et de donner des exemples aux participants à l’atelier.

    Dans la plupart des cas, les questions initiales peuvent être reformulées sous la forme de sous-questions auxquelles la PNIN peut répondre. Toutefois à tous les stades de la formulation, il est important de gérer les attentes des participants et de faire preuve de transparence sur le fait que la PNIN ne pourra pas répondre à toutes les questions soulevées.

    Les questions qui ne seront pas traitées par la PNIN pourraient néanmoins être recensées et portées à la connaissance d’autres organisations susceptibles d’y répondre par d’autres approches.

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    Exemple de questions initiales pertinentes du point de vue des politiques publiques
    Au niveau national
    • Les objectifs de réduction de la malnutrition chronique peuvent-ils être atteints dans les délais du Plan national d’action ?
    • Un projet pilote sur les interventions de changement de comportement au niveau communautaire devrait-il être étendu à d’autres districts ?
    • Quelles interventions nutritionnelles devraient être priorisées pour maximiser l’impact sur le retard de croissance ?
    • Les interventions nutritionnelles du Plan national d’action atteignent-elles la population cible pour tous les secteurs ?
    • Qu’est-ce qui peut expliquer que certaines interventions spécifiques à la nutrition ont une couverture inférieure dans certains districts par rapport à d’autres ? Dans quels districts peut-on améliorer la couverture et que faut-il changer en termes de mise en œuvre pour y parvenir ?
    • Combien de cas de retard de croissance d’enfants peuvent être évités si les objectifs nationaux doivent être atteints ? Ces objectifs peuvent-ils être atteints avec les niveaux de couverture actuels des interventions ? Ainsi, que faut-il changer en terme de mise en œuvre ?

    Au niveau sous-national

    • Qu’est-ce qui explique que certains districts présentent des niveaux de malnutrition plus faibles que d’autres au cours des dernières années de mise en œuvre du Plan d’action national multisectoriel pour la nutrition ?
    • Quelle est la performance des districts en matière de retard de croissance, d’insuffisance pondérale et d’anémie chez les enfants de moins de 5 ans ?
    • Comment les dépenses / allocations budgétaires pour les interventions liées à la nutrition sont-elles réparties entre les secteurs ?
    • Comment les indicateurs de résultats clés (déterminants) varient-ils entre ces districts ? (p.e. quels sont les niveaux et les tendances d’allaitement au sein ou de diversité alimentaire ?)
    • Comment le district s’acquitte-t-il de la mise en œuvre d’interventions spécifiques à la nutrition tout au long d’un continuum de soins ? La couverture des services offerts aux femmes en âge de procréer, aux femmes enceintes, aux mères et aux nouveau-nés est-elle adéquate ?
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  • Activité A : Préparation d’un atelier consultatif (4/7)

    5. Adoption de la méthode du chemin de l’impact pour formuler des questions pertinentes

    Le chemin de l’impact est une manière logique d’organiser différents éléments : ressources - activités - produits - résultats - impact). Comme montré dans l’animation ci-dessous, la logique se révèle en passant d’un élément au suivant, de gauche à droite. La relation entre deux éléments repose sur des hypothèses sous-jacentes. Par exemple, pour que le plan d’action multisectoriel pour la nutrition soit bien mis en œuvre, on suppose que :

    • les ressources humaines et financières sont bien allouées comme prévu
    • les interventions sont délivrées (activités) avec le niveau de qualité requis
    • ainsi la population cible est bien atteinte avec le niveau de couverture suffisant (produit)
    • et cela influe sur les comportements (résultats - p.e. l’allaitement)
    • ce qui a un impact sur l’indicateur nutritionnel considéré (p.e. le retard de croissance)

    Il est important s’assurer que les hypothèses sont bien vérifiées avant de regarder si les données confirment la relation entre deux éléments.

    Le recours à la méthode du chemin de l’impact peut être utile pour décomposer les questions de politique, souvent liées à l’impact, en sous-questions auxquelles les données disponibles pourront répondre.

    Par exemple, il est difficile de répondre à la question suivante : « Les investissements dans les interventions spécifiques à la nutrition dans la politique et le plan d’action multisectoriel pour la nutrition, phase II (PAMN-II), ont-ils permis de réduire considérablement le retard de croissance au cours de la même période ? »

    Il s’agit de savoir si les moyens mis en œuvre au début du chemin ont eu un impact à la fin. Mais il y a tellement de facteurs différents qui auraient pu intervenir tout au long du chemin qu’il est impossible de répondre à cette question sans un système contrôlé de recherche qui mesure tous ces facteurs (de confusion). Il est toutefois possible de scinder cette vaste question en un ensemble de questions plus modestes, relatives à chaque étape du chemin de l’impact :

    • les ressources financières ont-elles été distribuées selon les plans ?
    • les interventions ont-elles été réalisées comme prévu ?
    • les populations cibles ont-elles bien été atteintes ?

    Ces modèles d’impact, ou une théorie du changement développée pour suivre le Plan d’action multisectoriel pour la nutrition, sont une bonne base de départ pour initier des discussions quant à la pertinence des questions et préparer un exercice pratique pour l’atelier. Ces modèles sont particulièrement utiles pour révéler la logique d’intervention du Plan d’action et identifier les indicateurs de suivi et d’impact, collectés ou faisant défaut.

    En l’absence de tels outils, les modèles d’impact du Compendium d’actions pour la nutrition développés par REACH peuvent être utilisés.

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    Le chemin de l’impact peut guider la formulation de questions pertinentes d’un point de vue politique et auxquelles il est possible de répondre

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